Je m'extirpe du wagon, non sans peine, équipée de mon gros sac noir plein de linge de lit / tupperwares / bouquins, je m'efforce d'éviter de me coincer le pied entre le marche-pied et le quai.
Le flot de vogayeurs conflue (?!) vers l'unique escalier permettant de rejoindre le bâtiment de la gare par voie sous-terraine, SAUF un monsieur à contre-courant qui me semble ressembler drôlement au père de Claudia C.. Je me retourne, et ça me fait tout drôle : c'est bel et bien elle. Il vient la chercher. Je ne suis pas sûre que j'aurais été capable de la reconnaître si je n'avais pas vu son père.
Et toutes ces histoires que j'avais entendues, elle est partie dans le Sud avec son copain, elle a rien dit à ses parents, qui ont essayé de téléphoner partout chez ses copines pour la trouver...
Et tous ces souvenirs, loin loin déjà, au collège, il y a des millénaires. Un an seulement de relation très, très proche, mais tellement de souvenirs. BDJ et sa JDB, Pèlerineur qui danse, la secte de la cravate coupée.
La complicité perdue, malgré sa venue dans mon lycée. Des genres trop différents, des cercles d'amis trop différents.
Parfois, pourtant, des choses, des gens ou des situations ne peuvent que me rappeler nos crétineries.
C'était bel et bien elle, sur le quai ; je me suis retournée plusieurs fois, et je crois bien qu'elle aussi m'a reconnue, aux petits coups d'oeil furtifs qu'elle lançait mine de rien dans ma direction.
Aucune des deux n'a pris l'initiative de saluer l'autre, et ça n'est peut-être pas plus mal.
C'est drôle, parce que quelques jours auparavant, j'avais aperçu son père en voiture.